mercredi 25 mars 2015

La Complainte Anonyme.






Du temps que passons ici-bas,
Mon cœur, qu’avons-nous fait qui vaille ?
Nos jours se rendent sans combat,
La trame s’en perd maille à maille,
La main nous défaut en tremblant,
Voilà que le poil nous grisonne,
On nous voit marcher à pas lent
Et même notre cœur raisonne.
L’esprit et le corps sont faillis,
Il ne nous ne reste plus qu’une âme,
Si quelques feux en ont sailli,
Ils brillent de petite flamme,
Ils apportent peu de chaleur
Dans cet hiver qui nous réclame,
S’il faut en juger la valeur
C’est celle d’un tronçon de lame,
D’un pichet de terre ébréché,
D’une chapelle sans verrières,
D’un pauvre champ déjà fauché,
D’une chandelle sans lumière.
Si sommes au pire voué
Où vont gens de sac et de corde,
Cil[1] qui pour nous fut encloué
Nous doint[2] pourtant miséricorde,
Nous qui, marris, l’en requérons,
Au nom de la Vierge Marie
Qu’avons prié et prierons
Sans faute ne trigauderie[3].


[1] Cil : Celui.
[2] Doint : donne.
[3] Trigauderie : action de trigaud : personnage brouillon, barguigneur, qui n’agit point franchement (Dictionnaire de Furetière).



mercredi 18 mars 2015

A celui que la colère prend...





Que les assauts du monde autour de toi
N’éveillent point le feu de ta colère.
Son conseil n’est jamais de bon aloi,
Tu vas te nuire et tu vas Me déplaire.

Crois-tu que ton Seigneur n’entende pas
La plainte ou qu’Il ignore l’innocence ?
C’est Lui qui venge et Lui qui récompense.
Ignore le démon et ses appâts.

L’homme n’est pas bon juge et sa violence
Réjouit le diable et le perd devant Dieu
Mais la douceur et la bénévolence
Sont des chemins qui conduisent aux cieux.

Écoute-moi. Ne suis-Je pas ta Mère,
Celle qui t’aime et qui veille sur toi ?
Ton cœur est lourd et ton âme est amère ;
Écoute Ma parole, attends et vois.


                     ***


mercredi 4 mars 2015

La Chapelle.






Un clocheton en dents de peigne
Sur un mur d’ocre ensoleillé,
Le silence et la chaleur règne,
Midi vibre sur le sentier.

Les pins figés dans la lumière
Mêlent un parfum résineux
A l’odeur sèche de la pierre
Sous un ciel bleu vertigineux.

Une porte ouverte sur l’ombre
Fraiche où vacille une lueur
Rougeâtre dans un coin plus sombre
Et la présence du Seigneur,

Dans cette étroite nef, personne ;
Un ange au fond du chœur sculpté
Entend une cloche qui sonne :
Elle annonce l’éternité.

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mardi 13 janvier 2015

Action de Grâces.







Merci, ô Mère, infiniment,
Merci pour ce si beau moment,
Qui vient exaucer mes prières.
Merci pour la grande lumière
Qui me vient éclairer le cœur,
Merci pour ce profond bonheur.
En pensant que mon insouciance
Avait lassé Votre patience,
Combien j’ai craint et plus qu’aucun
D’être ignoré, d’être importun…
Votre bonté dans un sourire
M’accorde ce que je désire,
Vous savez comment et combien,
Non pas pour moi mais pour les miens !
C’est à genoux Très Sainte Mère,
Que ce merci je le profère,
Heureux jusqu’aux larmes vraiment :
Merci, merci infiniment.

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dimanche 7 décembre 2014

Versets 1.





Ils ont fait un monde horrible et plus que sinistre et si noir
Que même l'aube a la couleur des mauvais soirs
Et que l'homme avec son destin n'a plus figure humaine;
Ils ont voué cette oeuvre à la pire des peines.

Je ne veux pas compter,
Ô Vierge Souveraine,
Parmi les rejetés
Que l'incendie entraîne.

Autour de moi, les champs, les arbres et les fleurs proclamaient la beauté,
Ce don gratuit de Dieu et Sa réalité,
Regarder suffisait pour trouver la lumière
Et l'émerveillement était déjà une prière.

Je ne veux pas marcher,
Ô Vierge Souveraine,
Où ces fous ont craché
Leur bêtise et leur haine.

Ils ont vendu leur âme au poids de l'or,
Cet unique étalon à la juste mesure ici, de leur iniquité et de leurs torts,
Ils ont vendu leur âme au poids d'un seul instant
Et ce qu'ils ont vendu se paye à prix coûtant.

Ils vont être jetés,
Ô Vierge Souveraine
Daignez me l'éviter,
Où les flammes sont reines.

                ***

mercredi 20 août 2014

Une heure après Minuit.


Tarragone-Catalogne-Espagne. Musée de la cathédrale.



Une heure après minuit sommeille ;
Voyez, voyez mon désarroi
Mais Vous le savez bien je crois ;
La ville dort et moi je veille.

Je veille et je voudrais prier.
Ma Mère, quelle fantaisie,
Prier jusqu’à l’aube transie,
C’est peut-être Vous contrarier ?

Une heure, ce n’est pas une heure
Où l’on doit venir déranger
Si ce n’est en cas de danger
Ou de péril en la demeure !

Mais peut-être après tout qu’il y a
Car tout le jour je Vous oublie,
Pour tous ces soucis qui me lient
J’oublie ce que Dieu me confia.

J’oublie l’amour et la confiance,
L’espérance que je Vous dois
Et ce que sur le bout des doigts
Je savais de Votre patience.

Et peut-être bien qu’il y a
Sous cela quelque manigance
De celui-ci qui, sans nuances,
Voudrait que l’on Vous oubliât.

Alors puisque aussi bien je veille
Je crois que je m'en vais aller
Auprès de Vous pour Vous parler
Comme mon cœur me le conseille.

Et sûrement Vous en rirez
Si ce n'est là qu'une fadaise;
Si ce ne l'est pas, ce malaise,
D'un seul mot Vous m'en sauverez.

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